Ce scénario met en scène un groupe de quatre jeunes qui tentent d'organiser un voyage de groupe en Europe avec l'aide de la Maison des Jeunes. Outre les défis propres à un tel projet, leur parcours sera ponctué d'embûches suite aux épisodes de consommation de deux des membres de l'équipe. Cette histoire est l'occasion d'illustrer différentes facettes psychologiques, sociales et familiales pouvant donner lieu à la consommation
Pourquoi un texte dramatique ?
La représentation d'une réalité sous forme dramatique fournit aux intervenants un contexte et un prétexte pour aborder des questions qu'il serait parfois difficile de soulever directement (style « Vos parents se droguent-ils ? »). Par le biais de la discussion sur les personnages et leurs actions, les jeunes peuvent exprimer un peu de ce qu'ils vivent ou voient vivre tout en en restant à un niveau relativement impersonnel.
Par la dramatisation, on amène aussi le lecteur à éprouver une certaine empathie pour les personnages, de sorte que la compréhension des situations découle autant des émotions que de l'intellect et les «messages» passent mieux. Les textes dramatiques nous tendent un miroir pour observer ce qu'autrement on ne voudrait peut-être pas voir et nous donnent les mots pour en parler.
Un texte en dialogues.
Le scénario est divisé en dix-neuf étapes de longueur à près égale. Le texte se compose presque entièrement de répliques entre les personnages (sauf de petits passages constitués par des messages ou des délibérations mentales). Au plan de la mise en page, l'alternance de couleurs est là comme une aide à la lecture, pour aider à distinguer clairement les répliques, mais il n'y a aucun lien entre une couleur et un personnage.
Les phrases sont généralement courtes et les phrases plus longues reflètent la langue orale simple des conversations familières. Des fiches lexicales viennent aussi expliquer le sens de certains mots ou expliciter le sens de mots présumément connus.
La langue du texte.
Sauf dans certains passages, les phrases sont écrites en français normatif, ce qui facilite la lecture car la transcription écrite de l'oral exige un certain entraînement de la part du lecteur [ comparer « I' nn'a pas eu trop souvent d'ça ici » / « Il n'y en n'a pas eu trop souvent de ça ici » ; « C'trop beau pour êt' vrai » / « C'est trop beau pour être vrai.»]. Cela ne préjuge pas non plus du niveau de langue de l'usager. Mais si on procède à une lecture orale du texte, il est toujours possible de le faire en reproduisant cette fois les particularités de la langue parlée ; l'inverse serait plus difficile.
Les accompagnements sonores.
Chaque épisode est associé à une bande sonore qui contribue à rendre plus palpable l'ambiance de la situation. Par exemple, lorsque les choses se déroulent normalement, il y a un accompagnement caractéristique de ce type de situation. En entrevue ou en confidence, l'accompagnement est en conséquence; etc. Mais on peut lire le texte aussi sans audio.
Une double intrigue
La progression narrative se fait autour d'une double intrigue : les péripéties liées à l'exécution du projet d'équipe et l'évolution de la situation personnelle des personnages aux prises avec une consommation abusive.
Ces deux volets sont d'égale importance, puisque c'est par rapport à l'horizon du projet - qui représente la réalité de la vie et ses défis - que la drogue devient un problème et que ce problème acquiert sa dimension collective. Le récit s'attarde donc à susciter des situations relatives au projet mais parfois sans lien direct avec la thématique des drogues, car c'est cela qui donne une touche de réalisme à l'ensemble et qui crée la tension nécessaire à l'évolution des personnages : la progression du projet sert de contre-point à la tentation de stagnation et d'ensilement dans la drogue.
Dans la seconde partie de l'histoire, plusieurs épisodes sont constitués de rencontres avec un/e intervenant/e, un animateur ou un professeur. Ces épisodes ne visent pas à inculquer aux personnages tel comportement ou telle idée, mais à les faire réfléchir (et incidemment, à leur donner un vocabulaire pour exprimer leur vécu ; une partie de ce vocabulaire fait d'ailleurs l'objet de fiches lexicales). Ainsi, les adultes jouent pleinement leur rôle de guides mais justement, ils ne censurent ni n'imposent, ils guident. Par leurs questions souvent pointues, ils amènent les personnages à acquérir une vision plus globale d'eux-mêmes et de leur situation de vie.
Dans la seconde partie de l'histoire, plusieurs épisodes sont constitués de rencontres avec un/e intervenant/e, un animateur ou un professeur. Ces épisodes ne visent pas à inculquer aux personnages tel comportement ou telle idée, mais à les faire réfléchir (et incidemment, à leur donner un vocabulaire pour exprimer leur vécu ; une partie de ce vocabulaire fait d'ailleurs l'objet de fiches lexicales). Ainsi, les adultes jouent pleinement leur rôle de guides mais justement, ils ne censurent ni n'imposent, ils guident. Par leurs questions souvent pointues, ils amènent les personnages à acquérir une vision plus globale d'eux-mêmes et de leur situation de vie.
Une pédagogie de la conséquence
Nulle part n'est-il dit explicitement que consommer est mauvais en soi. Mais toute l'histoire tourne autour des conséquences personnelles et sociales que cela peut entraîner. Les personnages qui sont concernés par la consommation le sont sur le mode de l'excès. Plusieurs personnages ne consomment pas ou refusent de le faire. De plus, la Maison des jeunes, qui constitue le cadre principal de l'action, a un règlement anti-consommation.
Par contre, la consommation de cocaïne et d'amphétamines (speeds) est présentée comme susceptible de mener à l'abus. Encore là, rien dans le scénario ne dit que les personnages n'auraient jamais dû y toucher. On mentionne même qu'il y a effectivement un plaisir ou des effets de performance qui s'y rattachent, dans une phase initiale… qui ne dure pas. On voit un personnage qui abuse de la coke et qui arrête ensuite sa consommation pendant des années, pour la reprendre plus tard. Donc, on ne présente pas l'abus comme une fatalité, ce qui de toute façon serait contraire à la vérité et plutôt désespérant comme message. Mais on montre que le risque est toujours là et que, selon les circonstances, ce risque devient souvent réalité.
Le scénario évolue de manière à centrer de plus en plus l'attention sur les conséquences personnelles et sociales d'une consommation abusive et sur les motivations des personnages et les circonstances qui les amènent à consommer. Le dévoilement progressif de ces causes est le véritable moteur de l'intrigue, le postulat étant que les causes et les circonstances mènent à l'abus et non les substances elles-mêmes. Par contre, sans trop entrer dans les détails, le scénario décrit tout de même les conséquences psychologiques et comportementales d'une consommation abusive.
Les questions de réflexion.
Ça et là dans le texte, on trouve des questions à choix multiples, pour stimuler une lecture «proactive» du texte. On n'indique cependant aucune bonne ou mauvaise réponse. Le but est d'amener le lecteur à se projeter dans les situations décrites et à exercer une réflexion personnelle. Les choix de réponses sont le plus souvent formulés de manière à présenter différents aspects d'une situation, ce qui rend la notion de bonne ou mauvaise réponse moins pertinente, l'important étant de faire saisir les divers points de vue nécessaires pour en arriver à une idée juste.
Ces questions sont des outils d'intervention tout désignés pour les enseignants et animateurs... à condition qu'eux-mêmes y aient préalablement réfléchi. Il est possible qu'un lecteur choisisse une réponse qui est visiblement mauvaise. Cela fournit à l'intervenant une indication soit de son degré de compréhension du texte, soit de son attitude face au problème soulevé, soit de son ignorance. Par exemple, il y a une question qui porte sur le vendeur de drogue, le pusher :
D'après le comportement du personnage dans l'histoire, l'argent est clairement sa motivation principale, bien que son côté délinquant en fasse aussi un adepte de la drogue. Mais un jeune ayant une image biaisée ou idéalisée du rôle de pusher ne le verra peut-être pas.
Certaines questions sont plus délicates. Par exemple, suite à l'échange suivant :
Waban - |
On ne peut pas faire la police et surveiller pour voir si un tel consomme ou pas. Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, consommer ? Fumer un joint de temps en temps, ou prendre une bière, est-ce que c'est ça, consommer? |
Claudie - |
Le problème n'est pas là. C'est dans le fait que bien des jeunes qui commencent à consommer n'en restent pas longtemps à un petit joint ou une seule bière de temps en temps. Il est là, le problème. |
voici la question posée :
On n'encourage pas ici la consommation modérée, mais on ne la condamne pas non plus. Cette ouverture est plus susceptible de faire s'exprimer les jeunes qu'une attitude tranchée en oui-non. Par contre, dans le module des contenus thématiques, on explique en quoi la consommation de substances, surtout de manière abusive, peut être nocive pour un cerveau en développement : la meilleure attitude est de retarder le plus possible le début de la consommation. Par exemple, l'alcool peut avoir un effet physiologique bénéfique, à certaines conditions, mais cela est vrai pour les adultes, pas pour les jeunes. De plus, il va sans dire que plusieurs drogues sont toujours nocives et ce, pour tous.
L'exploitation du texte
Plusieurs jeunes pourront lire l'histoire d'une traite. Mais la division du scénario en dix-neuf étapes facilite la lecture par tranches.
Dans un groupe, il peut être stimulant de faire lire le texte à haute voix. Les répliques se prêtent bien à ce genre de lecture, d'autant plus que les phrases sont simples. Ou encore, certains épisodes peuvent être lus silencieusement et d'autres, à haute voix.
Comme il s'agit d'un texte dramatique, celui-ci peut servir à une pièce de théâtre. Plusieurs formules sont possibles. On peut jouer intégralement la pièce avec décors et tous les personnages sur scène.
On peut aussi faire une lecture avec décors multimédia et bande sonore : les étapes peuvent être introduites par un narrateur qui situe le lieu et le moment de l'action. Les personnages ne jouent pas, mais ils doivent lire avec la même expressivité et les mêmes intonations ; les lecteurs pourraient même se déplacer les uns par rapport aux autres selon les épisodes. On peut aussi condenser certains passages, à condition de ne pas couper d'information esentielle à la compréhension des personnages et des situations, car on réduirait alors l'impact du texte.
L'exploitation du texte en contexte scolaire
En contexte scolaire, on s'attendrait à ce que les questions de réflexion soient plus systématiquement couvertes, même si elles n'ont pas forcément à l'être toutes, puisque ce texte a d'abord une portée didactique par rapport à la thématique de la drogue. Les questions sont conçues dans ce but. Les fiches lexicales constituent aussi un matériau qui s'intègre naturellement à une démarche d'enseignement. [Voir dans ce guide la rubrique LEXIQUE.] Concernant le texte en tant que tel, l'enseignant/e pourra cependant mener un questionnement de type plus classiquement littéraire.
- Est-ce que la psychologie des personnages est vraisemblable ?
- Y a-t-il des passages qui sont particulièrement révélateurs du caractère de chacun ?
- À partir de ce qu'on sait d'eux, comment pourrait-on imaginer leur réaction dans telle autre situation ?
- Le déroulement de l'action est-il logique ? Y a-t-il des trous qui nous laissent sur notre faim ou si tout est complet ? Y a-t-il des longueurs ?
- Dans l'histoire, quel genre de texte trouve-t-on ? Des descriptions ? Des récits ? Des échanges argumentatifs ? Des instructions ? ...
- Le style du texte est-il imagé ? répétitif ? plutôt neutre ? poétique ?
- Le récit est-il mené de manière trépidante ? lente ? avec ou sans épisodes parallèles par rapport à l'action principale ?
- Etc...
|